Les voitures à chevaux

Les voitures de promenade

Un modèle de voiture très à la mode au 19e siècle, c'est le "Concord". Ce véhicule est assez confortable, mais il comporte un inconvénient majeur : il n'a pas de toiture. Afin de corriger ce désavantage, on attache au dossier un grand parapluie en toile écrue, qui protégeait de la pluie ou du soleil ; par beau temps, on pouvait le replier.

Le "Boghei" est une voiture plus connue que la précédente et utilisée dans les circonstances importantes. Toujours de forme élégante, il est parfois luxueux ; habituellement, les jantes des roues sont entourées d'un petit pneu. C'est pourquoi, les gens disent un "rubbertaille", de l'anglais "rubber tight", c'est-à-dire pneu serré ; le mot "tight", est souvent employé par nos ouvriers qui le prononcent "taille", dans le sens de serré. Le pare-boue et le siège à ressorts sont recouverts de cuir. Les ressorts souples assurent un certain confort. C'est l'ancêtre élégant de nos automobiles de sport ; les ruraux d'un certain âge gardent sans doute en mémoire l'image d'un garçon avec sa "blonde" se promenant fièrement dans un "Boghei" tiré par un cheval fringant.

Parmi les voitures de famille, il y a le "Jumpseat" et le "Surrey". La première doit son nom au petit siège mobile placé à l'avant ; il peut se renverser pour asseoir les passagers face à face, ou se replier en dessous du grand siège : de là vient son nom "Jumpseat".

Le "Surrey" est une voiture vraiment familiale et d'allure un peu lourde. Il permet de transporter confortablement plusieurs passagers, grâce à ses deux grands sièges doublés en cuir. La couverture de toile se prolonge jusqu'à l'avant pour une meilleure protection. Au centre, on peut voir un ancien carrosse avec portes vitrées. Il a servi pendant longtemps au lieutenant-gouverneur, surtout avant l'usage des automobiles

Les voitures d'hiver

Les "sleighs à patins" sont des voitures confortables, élégantes et légères. Les "sleighs" familiales comportent deux sièges : un grand, à l'arrière, et un petit, repliable, à l'avant. Les sièges sont recouverts de velours ou de peluche : c'est moins froid en hiver. La voiture de sport n'a qu'un siège, pour deux passagers. Avec des véhicules aussi élégants, nos pères utilisaient des harnais à boucles nickelées, avec une sellette bien décorée et une bride à étoiles : comme disaient les gens, c'était un "attelage des dimanches". De plus, on attache aux "menoires" un jeu de clochettes : il servait, le soir, à annoncer la venue d'une voiture, afin d'organiser les rencontres sur les chemins à tracé unique.

La petite "sleigh" rouge servait surtout pour les courses de chevaux ; elle comporte, à l'arrière, une tablette : le conducteur pouvait se tenir debout afin d'éviter le renversement dans les dérapages. Cette voiture est un vrai bijou artisanal aux lignes harmonieuses ; elle a été fabriquée à la main, il y a plus de cent ans. À remarquer les écrous et les boulons faits par un forgeron. On peut admirer une voiture semblable sur certains tableaux de Krieghoff, et comme disent les enfants, le Père Noël s'en sert lui aussi !

Près de la "sleigh" de course, nous voyons une voiture un peu spéciale, appelée "berlot", elle a été dessinée et réalisée par M. Achille Chartier de Rivière-du-Loup.

La "traîne à bâtons" est l'ancêtre de la "berline", en usage à la campagne, jusqu'à mille neuf cent cinquante. À partir de la "traîne" rustique, nos ancêtres ont perfectionné un type de voiture simple, mais très pratique. Comme première transformation, on ajoute à l'avant un panneau vertical de trois pieds et demi : c'est le "cerveau" ou pare-neige.

Il sert à protéger les passagers contre les morceaux de glace ou de neige durcie, que le cheval lance avec ses sabots quand il va au trot. Puis on place deux bâtons de chaque côté pour obtenir la "traîne à bâtons", un véhicule à multiples usages : transport du bois, des bagages, des sacs de grain, etc. Dans les années quarante, on s'en servait encore dans le Bas du Fleuve pour conduire les enfants à la petite école de "rang" : c'est donc l'humble ancêtre de nos "monstres jaunes" qui transportent les étudiants... quand l'état des routes le permet.

Pour assurer le confort des passagers, on améliore considérablement la "traîne à bâtons". On ajoute, à l'arrière, un panneau semblable au pare-neige ; de grands panneaux remplacent les bâtons et une planche transversale sert de siège. L'avant est réservé aux bagages, en attendant qu'on ajoute un second siège. On a alors la "berline-barque".


La « berline-barque »

Comme dernière transformation, on baisse l'arrière et les panneaux de côté à une hauteur de dix-huit pouces. Deux sièges amovibles sont prévus assurant une grande versatilité : passagers, bagages, bois et même petits animaux. La "berline" traditionnelle est une création québécoise que nos ancêtres ont imaginée pour répondre à leurs besoins. On rencontre certaines variantes selon les régions. Par exemple le "span" sur patins bas de Monsieur Guy de La Pocatière ; la "berline-sleigh" de Monsieur Picard de Sainte-Louise et la voiture fermée, imitée des "autos-neige" popularisées par Bombardier. La "carriole" est une autre création québécoise, ou plutôt une adaptation d'une voiture française. C'est tout simplement une calèche à deux roues : on a remplacé les roues par des "patins" de bois et on a ajouté un pare-neige, puis un petit siège mobile pour le conducteur. Ce véhicule est très populaire au dix-neuvième siècle et jusqu'au milieu du vingtième. À l'arrière, notons une caractéristique importante : la lame d'acier protégeant le "patin" de bois se termine par une volute ; ce détail se retrouve normalement dans tous les modèles de "carrioles".


La « berline » traditionnelle

L'avant de la "carriole" est plus étroit ; c'est pourquoi, une tige ou barre de fer est placée à quatre pouces des côtés et va, de l'avant à l'arrière, pour protéger la voiture quand on passe près d'obstacles comme des pieux, des bâtisses ou même des arbres. Les constructeurs de "carrioles" rivalisent d'ingéniosité dans la décoration. Les poteaux de chaque côté du pare-neige peuvent se terminer en forme de quenouilles ; on ajoute une planche découpée de façon fantaisiste ou un encadrement de fer avec un treillis de crin ou d'osier. Certains peintres décorent les "carrioles" de lignes aux couleurs contrastantes, et selon leur talent, ils dessinent des arabesques ou des guirlandes de fleurs. Les ébénistes font aussi leur part en fixant des petites moulures.


La « carriole »

Les différents changements apportés au cours des ans sont une preuve de l'imagination de nos ancêtres ; ils ont su montrer leurs sens pratique en réglant les problèmes engendrés par la rigueur de notre climat. Un dernier regard nous permet de voir, au centre, une grande "sleigh" à trois sièges, tirée par deux chevaux. C'est encore une voiture utilisée à Bois de Coulonge par le lieutenant-gouverneur...